L’esquisse d’un autre avenir

Parce que l’écriture est cathartique, nous avons décidé, en ce jour un peu spécial, de commencer à vous livrer ici nos vies d’entrepreneurs sociaux. Aussi brutes et parfois radicales que celles que nous vivons.

Aujourd’hui, notre projet KRESKAS à Vaise (Crèche, Ecole primaire et Coworking parental) s’arrête. La mairie nous a alerté sur la présence d’une cuve de fuel enterrée sur le site de notre future activité. Le site n’est pas nécessairement pollué mais une expertise technique et coûteuse s’impose, mettant en grande difficulté notre calendrier serré pour une ouverture de notre lieu en Septembre. Dans tous les cas, du temps et de l’argent seront demandés. Ce que nous n’avons pas. Et qui mettrait tout notre modèle économique en péril avec l’ouverture d’une école, d’un coworking et d’une crèche en milieu d’année, si tant est que nous réussissions à obtenir les autorisations d’ouverture.

Nous ne savons pas si cette décision est la bonne. Seule l’esquisse d’un autre avenir nous le confirmera…

A ce stade, notre seule préoccupation reste l’annonce aux familles et la déception que cela va engendrer. Ainsi que l’énergie passée depuis plus d’un an sur la construction de ce projet. Adeptes des rebondissements qui ont fait de notre vie une incroyable suite d’inconnues, nous ne pourrons malheureusement dépasser celui-là.

Demain, une fois l’énergie retrouvée, je ne doute pas une seule seconde de notre capacité à faire de cet échec une force, notamment au service des entrepreneurs éducatifs que nous accompagnons.

Mais pour le moment, nous allons concentrer nos forces sur Bonvena, notre première structure, qui accueille chaque matin une dizaine d’enfants, dont la joie de vivre n’a pas de nom. Chaque matin, ils nous donnent envie de nous battre pour construire un nouveau format éducatif, où les parents prendront le temps de construire avec les éducateurs, une continuité au service d’un monde centré sur l’altruisme, l’ouverture au monde et cette nécessaire capacité à devenir entrepreneur de sa vie et du monde.

Chaque soir, sur le cahier-journal posé à l’entrée de l’école, j’y découvre les rituels éclairés, les rondes en anglais, les progrès montessoriens, les pleurs, les inquiétudes, les doutes et les sourires de la journée. Et malgré tous ces rebondissements, ces difficultés à faire co-exister co-éducation et pluralité pédagogique, modèle économique stable et mixité sociale, je reste persuadée que nous sommes sur la bonne voie…Même si elle reste peut-être un tout petit peu plus difficile que la plupart des autres voies qui ne s’embarrassent pas de modèle économique hybride ou de recherche pédagogique.

C’est sûrement pour moi l’occasion de rendre hommage à tous ceux qui contribuent à faire vivre les Petits Plus depuis son origine, et qui restent pour la plupart, toujours attachés à la complexité et à la magie de cette aventure.

A tous ceux qui ont donné toute leur âme, y ont laissé quelques nuits blanches et quelques crises de couple : Anne-lise, Cécile, Timothée, Laure, Antoine.

A tous ceux qui enrichissent chaque jour le projet pédagogique en nous faisant découvrir Gattegno, Reggio Emilia ou les dernières recherches en neurosciences : Laura, Anne-Cécile.

A l’expertise et à la bienveillance de notre comité scientifique : Amira, Marie-Josèphe, Françoise, Alice, Hervé.

A celles qui ont su donner une image cohérente, joyeuse et professionnelle à l’association : Anne, Anaïs, Julie, Aurélie.

Aux animatrices de nos temps de jeux et vacances : Charlotte et Anne-Valentine.

A ces fabuleuses éducatrices qui même si nous n’avons pas toujours réussi à trouver un terrain d’entente, ont su accueillir nos enfants avec une douceur et une rigueur pédagogique extrême : Nadège, Océane, Chloé, Nathalie.

Aux bénévoles anglophones qui s’arment un matin sur deux de leurs plus belles comptines : Caprice, Aga, Natalia.

A nos coachs en parentalité et en communication non-violente qui savent dédramatiser des situations familiales parfois complexes : Anne, Christine, Line.

A notre architecte : Sandra, qui s’est battue pour déposer plans et autorisations administratives en temps et en heure…

Aux parents qui ont accepté de nous suivre et de vivre avec nous cette drôle d’expérience qu’est la création d’une école et la co-construction d’un monde porté par un idéal peut-être parfois un peu trop haut…

Et aux enfants qui s’émerveillent de la flamme de la bougie allumée lors du rassemblement matinal, qui apprennent à vivre en communauté, apprennent à mieux gérer leurs émotions ou à philosopher, jouer ou créer pendant nos temps de vacances.

Enfin à tous ceux qui nous soutiennent dans ces nombreux rebondissements : Ronalpia & le CentSept, BPI, RDI, sans qui rien de tout ça n’aurait été possible…

J’en oublie sûrement tellement les Petits Plus ont réuni d’énergie et de force vive depuis un an…

Merci…pour tout ça…Nous tenterons de faire de cet échec l’ébauche d’un projet encore plus beau.

Héléna

« Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est la vie même ?

C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même « esquisse » n’est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l’ébauche de quelque chose, la préparation d’un tableau, tandis que l’esquisse qu’est notre vie est une esquisse de rien, une ébauche sans tableau. »

L’insoutenable légèreté de l’être, Milan Kundera

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4 comments

  • Caroline
    23 mai 2017 at 20 h 58 min

    Je suis très triste pour vous ainsi que pour les familles qui vous suivaient… je ne doute pas que vous réussirez à faire aboutir ce merveilleux projet qui nous tien à coeur à tous ! Courage à tous !

    • helena
      24 mai 2017 at 0 h 12 min

      Merci beaucoup Caroline de votre soutien !

  • Kayijamahe
    25 mai 2017 at 5 h 35 min

    Désolée Helena d’apprendre ceci, ça me rend triste. Je suivais ton projet de loin. Je ne sais même pas si tu te souviens de moi à biof. J’étais »jalouse » des parents qui allaient en bénéficier. Je suis triste pour eux aussi. Mais je ne doute pas que tu vas rebondir, un telle énergie ne peut pas être vaine. Peut être la Vie veut t’apprendre encore quelque chose dont tu auras besoin une autre fois, accepte ce qu’elle veut te passer comme message. Bon courage ! Mireille

    • helena
      22 juin 2017 at 10 h 41 min

      Merci Mireille ! Je me souviens très bien de toi ! Où vis-tu ?